Au centre de l'hotel, je m’engage dans le portail largement ouvert. Wael (on prononce "Wa-El") relève la tête, son regard s’illumine et d’un mouvement se retrouve face à moi, les bras ouverts.

Il me fait une accolade qui me surprend tellement que je ne peux cacher mon rire.

Retrouvailles !

 

Il me donne la clé : chambre à l’étage.

Et je n’ai que le choix car à ce moment je suis seul dans l’hôtel.

Je monte, ouvre la porte.

Ma respiration s’arrête, un frémissement me parcourt tout le corps.

Quelque chose en moi tremble, mes yeux se troublent.

Ce que je sens est indescriptible.

C’est une énergie d’amour, de soin que chacun ici a mis dans cet hôtel,

pour rendre ma chambre si accueillante.

J’ai peine à la recevoir, je me sens débordé.

Jusqu’au moment où j’ouvre les bras et l’inspire avec gratitude, pleinement !

 

Le lendemain j’ai rendez-vous avec Souliman, Mohammed et Ibrahim.

Nous montons dans la jeep Toyota vers un lieu que Mohammet a choisi. Je me laisse porter.

Après avoir quitté la route de Sainte-Catherine, nous nous engageons dans une vallée qui m’est bien connue : la gazella valley, où le 4x4 se joue des dunes de sable.

 

Nous nous arrêtons au « Kamel-point », où nous prenons le thé incontournable. Le bédouin, au nom incompréhensible, semble immuable au pied de son feu. Ses mains et ses pieds gonflés témoignent d’une vie rude, bien en contraste avec la douceur de sa voix et de son regard.

Mon œil avisé remarque bien vite ses animaux : des chèvres et des chameaux resplendissant de santé et des chiens rares mais typiques du désert, des Saluki. 

Je lui en fais la remarque et il me parle de la qualité de la nourriture du désert, ce qui m’étonne encore plus vu l’apparente absence d’herbe ou autres végétaux.

Voilà encore un appel à bien ouvrir mes yeux !

Nous recevons l’eau nécessaire pour notre voyage vers notre premier camp,

tout près du « Closed-canyon ».

Sur la piste vers l’oase Hodra (pour être tout-à-fait juste cela devrait s'écrire Ein Khodra),

nous nous engageons dans une petite vallée,

débouchant sur une plaine de quelques centaines de mètres, entourée de falaises à pic.

Ibrahim et Souliman nous aident à débarquer nos affaires et repartent.

La voiture disparait, Mohammed est assis à côté de moi. 

Silence assourdissant et regards sans mot, entre hommes.

 

Puis partage, de cœur à cœur, conversation intime, ouverte, directe.

Sentiment d’être à l’endroit juste, avec la personne juste, au moment juste.

Le lendemain, je croise Sheikh Saba, son fils Mohamed et Gazelle, fils d’un autre sheikh réputé mais décédé. Ils sont au bord de la vallée.

Sheik Saba raconte qu’il y a 10 ans il a eu le projet de tirer une longue conduite d’eau jusqu’à un endroit où il veut faire un potager. Mais que jusqu’à présent, cela ne s’est pas fait.

Drôle d’idée d’aller si loin pour faire un potager dans le désert, mais en même temps, je me sens intrigué : j’ai encore beaucoup à sentir, à comprendre.

Je leur propose de les aider après notre lunch.

Et tout naturellement, la réponse est un oui spontané, comme si je faisais cela depuis des années avec eux.

Et quelques heures plus tard, ils m’emmènent dans une antique jeep, pour charger à plusieurs centaines de mètres ce qui ressemble encore à du sable pour le ramener à l’endroit où ils enfouissent la conduite d’eau.

A nouveau je ne comprends rien mais cela ne m’empêche pas de saisir la pelle et charger la jeep avec toute mon ardeur. Ce n’est que bien plus tard que je comprendrai le pourquoi.

 

Au soir, de retour au camp avec Mohammed, nous entendons arriver dans la pénombre une jeep. Ce sont tous les hommes de l’oase.

Et nous voici ainsi autour du feu. Je les entends parler doucement en arabe et parfois rire.

Je ne les comprends pas mais cela n’est pas nécessaire.

Le soin qu’ils y apportent à la préparation longue du repas me frappe. Chacun y va de son avis à propos de l’intensité du feu, quand tourner la cuillère dans la casserole, quand la mettre sur le côté et qui prépare la pâte du pain.

Je suis là, allongé et quelque chose de particulier, à l’intérieur, éveille mon attention.

Mon corps et mon esprit sont tellement relâchés. Je ne fais rien et n’éprouve aucune gêne. Et je jouis sans mot de ces moments entre hommes.

 

 

Au petit déjeuner, je raconte ce sentiment à Mohammed.

Il me regarde, un peu amusé : 

« Tu commences enfin à comprendre : pas penser, simplement sentir »

 

Et d’ajouter :

« Vois-tu ce que toi tu apportes ? »

 

A la vue de mon regard interloqué, il continue :

« J’ai pris avec nous de la nourriture plus qu’en suffisance.

Il y a pour encore plusieurs jours en abondance.

Je fais cela car je ne sais jamais qui va manger, combien nous serons, où va-t-on manger. Tout bédouin est ici le bienvenu. Ici, pas besoin de frapper à la porte pour partager un repas, partager l’eau, partager la chaleur du feu le soir.

Mais ce que toi, tu apportes, c’est la possibilité de maintenir notre tradition.

Nous étions ici hier soir, ensemble, parce que c’est toi qui m’as demandé de venir ici.

Et c’est une occasion de nous revoir, une occasion qui se fait rare car le désert se dépeuple ».

 

 

Aujourd’hui, nous empruntons le « Goat-path », qui longe le White Canyon par le haut.

Au retour, mon attention est attirée par une masse brune inerte le long de la piste dans l’oase.

Un aigle.

Je le prends dans mes mains.

Un bédouin me dit qu’il git ici depuis 3 jours.

Je me sens très troublé.

Un an plus tôt au Népal, un aigle encore bien plus grand s’était élancé d’une falaise et après un long vol plané, il passa à quelques mètres de ma tête. Le sifflement du vent dans ses ailes m’avait figé d’émerveillement.

Et voilà maintenant, cet aigle mort.

En retournant vers notre camp, je sens un mauvais sentiment m’envahir : l’avoir laisser giser là sur la piste, sans rien oser dire.

 

Dernière nuit au camp.

Le lendemain, Mohammed me dit que le programme est un peu changé : nous allons déjeuner à l’oase puis je pourrai aller me promener seul sur le « Kamel-Path ».

Je ris un peu car le mot programme n’a jamais eu beaucoup de sens ici.

Et pendant que le pain est préparé, assis dans l’oase, je me souviens soudainement de l’aigle.

Je demande alors au Sheikh Saba si je peux l’enterrer.

Avec son accord, portant l’aigle dans mes mains, je cherche l’endroit pour l’enterrer.

Mon regard est attiré vers un pic rocheux en surplomb du village, avec quelques mètres sous lui, une longue dune de sable.

J’y grimpe et je l’y enterre. De là, son regard perçant et son spirit veillera sur l’oase Hodra.

Hodra, qui signifie «  l’Œil ».

Et c’est exactement ce qui m’amène en ces lieux :

Là où mon troisième œil s’éveille.

Là où je sens l’intuition.

Là où j’entends la Voix du Désert, la Voix qui me parle authentiquement, qui me raconte ce que j’ai à entendre maintenant.

Là où, à présent, je t’invite, lecteur, lectrice, à venir écouter ta Voix.

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